Climat anxiogène et incertitudes : quels effets sur notre corps ?
Il suffit parfois de regarder une journée ordinaire pour mesurer à quel point nous évoluons aujourd’hui dans un climat anxiogène. Situation économique, emploi, pouvoir d’achat, tensions politiques, conflits internationaux, dérèglement climatique, transformations liées à l’intelligence artificielle… Les incertitudes se multiplient et donnent souvent le sentiment que les repères sur lesquels nous avions l’habitude de nous appuyer deviennent moins stables.
Ce climat anxiogène ne reste pas uniquement dans nos pensées. Les liens entre stress et incertitude peuvent aussi s’observer dans le corps : sommeil plus léger, tensions musculaires, fatigue, irritabilité, difficultés de concentration, besoin de vérifier constamment les informations ou, au contraire, envie de ne plus rien entendre.
Ces réactions ont une logique. Notre organisme est conçu pour détecter ce qui peut menacer notre sécurité et mobiliser les ressources nécessaires pour y répondre. Mais que se passe-t-il lorsque la menace n’est ni immédiate ni clairement identifiable, et qu’il devient difficile de savoir quand la situation redeviendra plus prévisible ?

Pourquoi un climat anxiogène maintient-il notre organisme sous tension ?
Face à un danger concret, notre organisme peut réagir rapidement. Nous identifions ce qui se passe, nous pouvons agir, puis, lorsque la situation est terminée, revenir progressivement à un état plus calme.
L’incertitude pose un problème différent. Elle ne nous dit pas nécessairement qu’un événement grave va se produire. Elle nous indique surtout que nous ne savons pas ce qui va arriver.
Or, lorsque nous ne pouvons pas anticiper suffisamment une situation, notre cerveau doit continuer à envisager plusieurs scénarios. Il cherche des indices, compare les informations disponibles, tente de prévoir les conséquences possibles et maintient une certaine vigilance. Ce mécanisme est utile : anticiper nous permet de nous adapter. Mais lorsqu’il fonctionne presque en permanence, il peut devenir coûteux.
Une réorganisation annoncée au travail sans que l’on sache précisément quelles seront ses conséquences, une situation financière qui se tend, l’attente d’une décision importante ou une succession d’informations inquiétantes peuvent ainsi maintenir l’organisme dans une forme d’anticipation. Rien n’est encore arrivé, mais rien ne permet non plus de considérer que le sujet est clos.
C’est l’une des raisons pour lesquelles l’incertitude peut être si fatigante. Elle laisse peu de place au sentiment que l’on peut véritablement relâcher sa vigilance.
Quand l’actualité entretient un sentiment d’alerte
Notre rapport à l’incertitude a également changé avec la manière dont nous accédons à l’information. Les nouvelles arrivent désormais tout au long de la journée. Une notification apparaît sur le téléphone, puis une vidéo, un commentaire, une analyse, une nouvelle alerte quelques minutes plus tard.
Le problème n’est pas de s’informer. Il tient davantage à l’absence de véritable frontière entre le moment où nous prenons connaissance d’un événement et celui où nous revenons à notre vie quotidienne.
Notre cerveau peut comprendre intellectuellement qu’une information concerne une situation éloignée, qu’un scénario économique n’est encore qu’une hypothèse ou qu’un événement politique n’aura peut-être aucune conséquence directe sur notre quotidien. Le corps, lui, réagit aussi à la perception que nous avons de ce que nous voyons, entendons et imaginons.
Lorsque les contenus anxiogènes se répètent, notre attention peut devenir particulièrement sensible aux signes de danger. Nous ouvrons notre téléphone pour vérifier s’il y a du nouveau. Nous lisons une information censée nous rassurer, puis une autre vient immédiatement la nuancer. Nous cherchons à comprendre pour retrouver une forme de maîtrise, mais cette recherche peut parfois entretenir précisément l’état d’alerte que nous cherchons à calmer.
Le système nerveux autonome, notre système de régulation
Pour comprendre ces réactions, il est utile de s’intéresser au système nerveux autonome. Celui-ci participe à la régulation de nombreuses fonctions qui se déroulent sans que nous ayons besoin d’y penser consciemment, comme le rythme cardiaque, la respiration ou la digestion. Il contribue également à l’adaptation de l’organisme aux situations que nous rencontrons.
Lorsque nous nous sentons suffisamment en sécurité, notre organisme peut consacrer davantage de ressources au repos, à la récupération, à la digestion, au lien social ou encore à la réflexion. Lorsque nous percevons une menace ou une difficulté nécessitant une réaction, la mobilisation augmente.
Cette activation n’est pas un problème en elle-même. Nous en avons besoin pour travailler, prendre une décision, réagir rapidement, nous défendre ou relever un défi. Un système nerveux équilibré n’est pas un système constamment calme. Il est capable de mobiliser de l’énergie lorsque la situation le demande, puis de revenir vers davantage d’apaisement lorsque cette mobilisation n’est plus nécessaire.
La difficulté apparaît lorsque ce retour devient plus compliqué.
Dans un environnement marqué par une succession d’incertitudes, l’organisme peut recevoir régulièrement de nouveaux signaux lui indiquant qu’il serait préférable de rester attentif. Une tension disparaît, une autre apparaît. Une question trouve sa réponse, une nouvelle inquiétude prend sa place.
Le corps peut alors avoir de moins en moins d’occasions de recevoir un message clair : pour l’instant, tu peux relâcher.
L’incertitude ne provoque pas la même réaction chez tout le monde
Deux personnes confrontées à la même situation peuvent réagir de manière très différente. L’une cherchera immédiatement des informations, élaborera plusieurs scénarios et préparera des solutions. Une autre aura besoin de parler et de se rapprocher de son entourage. Une troisième pourra se sentir dépassée, perdre son énergie ou avoir envie de se couper momentanément de ce qui se passe.
Ces différences ne relèvent pas simplement du caractère.
Notre système nerveux se construit et s’adapte à partir de notre histoire, de nos expériences, de notre environnement et des ressources dont nous disposons au moment où nous traversons une situation. Une période d’incertitude ne sera donc pas vécue de la même manière selon que l’on se sent globalement en sécurité ou que l’on traverse déjà des difficultés professionnelles, financières, familiales ou personnelles.
Notre état physique compte également. Lorsque nous sommes reposés et soutenus, nous pouvons généralement absorber davantage d’imprévus. Après plusieurs semaines de fatigue, de stress ou de préoccupations, un événement relativement mineur peut au contraire provoquer une réaction beaucoup plus importante.
C’est aussi pour cela qu’il peut être difficile de comprendre certaines réactions, chez soi comme chez les autres. Ce qui paraît disproportionné lorsqu’on regarde uniquement l’événement présent devient parfois beaucoup plus cohérent lorsque l’on considère l’état global dans lequel se trouve la personne.
Pourquoi cherchons-nous davantage à contrôler lorsque tout devient incertain ?
Lorsque l’environnement devient imprévisible, chercher à reprendre le contrôle est une réaction assez logique. Faire des listes, prévoir plusieurs solutions, vérifier ses comptes plus souvent, suivre attentivement l’actualité ou organiser davantage son quotidien peut apporter un sentiment temporaire de sécurité.
Le contrôle devient plus problématique lorsqu’il ne permet plus réellement d’agir, mais sert principalement à diminuer l’inconfort provoqué par l’incertitude.
Nous pouvons alors passer beaucoup de temps à anticiper des situations sur lesquelles nous avons finalement peu de prise. Chaque scénario en appelle un autre. Chaque réponse soulève une nouvelle question. L’énergie consacrée à tenter de prévoir l’avenir augmente, sans que le sentiment de sécurité progresse réellement.
La distinction entre ce sur quoi nous pouvons agir et ce que nous ne pouvons pas maîtriser devient alors particulièrement importante.
Nous ne pouvons pas décider de l’évolution de l’économie, du contexte géopolitique ou des décisions prises par une entreprise dans six mois. Nous pouvons en revanche agir sur certaines dimensions très concrètes de notre quotidien : la manière dont nous nous informons, les personnes vers lesquelles nous nous tournons, l’organisation de nos journées, nos temps de récupération ou les décisions qui dépendent réellement de nous.
Retrouver une marge d’action ne supprime pas l’incertitude. Cela permet de ne plus demander à notre cerveau de résoudre en permanence des problèmes qui n’ont pas encore de réponse.
Le corps donne parfois l’alerte avant que nous prenions conscience de notre stress
Nous avons tendance à identifier le stress à partir de nos pensées : « je suis inquiet », « je me sens sous pression », « je n’arrive pas à décrocher ». Pourtant, le corps peut manifester cette tension bien avant que nous la formulions clairement.
Une mâchoire constamment serrée, des épaules qui restent contractées, une respiration plus haute, un sommeil moins réparateur, une sensation d’agitation ou une fatigue inhabituelle peuvent constituer autant de signaux à observer.
L’objectif n’est pas d’interpréter chaque sensation comme la preuve d’un dérèglement du système nerveux. Ces manifestations peuvent avoir de nombreuses causes et certaines nécessitent évidemment un avis médical. Il s’agit plutôt de développer une capacité à remarquer les changements et à comprendre dans quel contexte ils apparaissent.
Cette observation permet notamment de repérer les moments où notre niveau d’activation augmente : après avoir consulté les informations pendant longtemps, avant une réunion, lorsqu’une conversation aborde un sujet qui nous inquiète ou lorsque nous essayons mentalement de résoudre plusieurs scénarios à la fois.
Comprendre ces déclencheurs constitue déjà une première étape pour retrouver davantage de choix dans notre manière d’y répondre.
Réguler son système nerveux ne signifie pas faire disparaître le stress
Le mot « régulation » est parfois compris comme la recherche d’un état de calme permanent. Pourtant, notre organisme n’est pas conçu pour rester continuellement détendu.
La régulation correspond davantage à une capacité d’adaptation. Pouvoir mobiliser de l’énergie lorsque nous en avons besoin, puis revenir progressivement vers un état permettant la récupération. Pouvoir ressentir une inquiétude sans qu’elle envahisse toute la journée. Traverser une situation difficile sans rester durablement bloqué dans le même niveau d’activation.
Cela passe rarement par une technique unique.
Une respiration plus lente peut aider certaines personnes. Pour d’autres, marcher, bouger, parler avec quelqu’un, sortir quelques minutes, réduire l’exposition aux informations ou retrouver une activité familière sera plus efficace. Le lien social joue également un rôle important : la présence d’une personne avec laquelle nous nous sentons en confiance peut contribuer à modifier notre état physiologique.
L’enjeu consiste donc moins à chercher « la » technique de régulation qu’à apprendre à reconnaître son propre fonctionnement et les ressources qui nous permettent de retrouver progressivement davantage de stabilité.
Créer des repères lorsque l’environnement n’en offre plus suffisamment
Nous ne pouvons pas rendre le monde prévisible. Nous pouvons en revanche donner à notre organisme davantage de points d’appui.
Dans les périodes d’incertitude, les choses simples prennent parfois une importance particulière : conserver certains horaires, maintenir des temps de repas réguliers, préserver le sommeil autant que possible, continuer à bouger, retrouver des personnes avec lesquelles nous nous sentons bien ou décider de moments précis pour consulter l’actualité plutôt que de rester connecté en permanence.
Ces repères n’ont rien de spectaculaire. C’est justement leur répétition qui peut être intéressante. Ils introduisent de la prévisibilité là où une grande partie de l’environnement extérieur échappe à notre contrôle.
Il peut également être utile de revenir régulièrement au présent. Non pas pour nier les problèmes à venir, mais pour distinguer ce qui existe réellement aujourd’hui de ce que notre esprit est en train d’anticiper.
À cet instant précis, y a-t-il une décision à prendre ? Une action possible ? Une personne à contacter ? Ou sommes-nous en train d’essayer de résoudre mentalement une situation qui ne dispose pas encore de suffisamment d’informations pour être résolue ?
Cette distinction peut considérablement modifier la quantité d’énergie que nous consacrons à l’incertitude.
Mieux comprendre son système nerveux pour retrouver une marge de manœuvre
Comprendre le fonctionnement du système nerveux autonome permet de porter un autre regard sur certaines réactions que nous avons parfois tendance à juger trop rapidement. Une difficulté à se concentrer, une irritabilité inhabituelle, un besoin accru de contrôle ou une sensation d’épuisement ne sont pas nécessairement des signes d’un manque de volonté.
Ils peuvent aussi indiquer qu’un organisme mobilise depuis longtemps beaucoup de ressources pour faire face à ce qu’il perçoit comme imprévisible ou potentiellement menaçant.
Cette compréhension ne signifie pas qu’il faut tout attribuer au système nerveux. Elle offre simplement une grille de lecture supplémentaire, qui permet d’observer ce qui se passe avant de chercher immédiatement à corriger le comportement.
Et surtout, elle rappelle quelque chose d’essentiel : nous ne pouvons pas toujours agir sur ce qui crée l’incertitude, mais nous pouvons apprendre à agir sur la manière dont notre organisme la traverse.
Apprendre à mieux comprendre et réguler le système nerveux autonome
C’est précisément l’objectif de la formation TPV Holistique 4D®, proposée par l’École de Coaching Holistique.
Cette formation de 12 heures s’adresse aussi bien aux professionnels de l’accompagnement qui souhaitent intégrer la théorie polyvagale à leur pratique qu’aux particuliers qui veulent mieux comprendre leur propre fonctionnement, apprendre à réguler leur système nerveux et disposer d’outils pour accompagner leur entourage.
L’approche permet d’explorer le fonctionnement du système nerveux autonome, d’identifier plus finement les différents états et les signaux corporels qui leur sont associés, puis d’expérimenter des outils de régulation dans une approche globale de la personne.
L’objectif est de développer une lecture plus fine de ce qui se passe dans le corps afin de pouvoir choisir des réponses adaptées à la situation, plutôt que d’appliquer systématiquement la même technique à tous les états.
Prochaine session : 12 et 16 novembre 2026, entièrement à distance, de 9h30 à 16h30.





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