Santé mentale des jeunes : pourquoi les adultes se sentent démunis
Un adolescent qui se renferme soudainement, une jeune fille qui ne veut plus aller au lycée, des crises de colère qui deviennent plus fréquentes, une perte de motivation ou des difficultés à dormir : certains changements de comportement peuvent rapidement inquiéter les adultes qui entourent un jeune. D’autres manifestations, comme une anxiété importante avant les examens ou une perte de confiance en soi, peuvent également les laisser démunis face à une situation qu’ils ne savent pas toujours comment interpréter.
Pour les parents comme pour les professionnels, une question se pose alors : quelle est la bonne manière de réagir ? Faut-il s’inquiéter ou laisser du temps ? Intervenir ou donner davantage d’espace ? Poser des limites ou faire preuve de plus de souplesse ? Derrière ces interrogations se trouve souvent une même préoccupation : comment aider un adolescent sans minimiser ce qu’il vit, mais sans non plus dramatiser chaque difficulté ?
Ces questions sont d’autant plus présentes que la santé mentale des jeunes constitue aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique. Les dernières données françaises dressent toutefois un tableau plus nuancé qu’il n’y paraît : certains indicateurs se sont améliorés depuis 2022, tandis qu’une part importante des adolescents continue de manifester des signes de souffrance psychologique.
Comprendre ce qui se joue à cette période de la vie permet déjà de mieux saisir pourquoi il peut être si difficile, même avec les meilleures intentions, de trouver la bonne manière d’accompagner un jeune.

Une santé mentale des jeunes qui reste préoccupante
Les résultats de l’enquête nationale EnCLASS 2024, publiés en juin 2026 par Santé publique France, permettent de mesurer l’ampleur de ces difficultés tout en apportant une vision plus nuancée de la situation.
En 2024, 70 % des collégiens et 63 % des lycéens déclarent un bon niveau de bien-être mental, des proportions en nette amélioration par rapport à 2022. Cette évolution encourageante ne doit cependant pas masquer la persistance de difficultés psychologiques importantes chez une partie des jeunes.
Parmi les collégiens de 6e, 5e et 4e, 45 % rapportent ainsi des plaintes psychologiques. La nervosité concerne 32 % d’entre eux, l’irritabilité 29 % et le sentiment de déprime 21 %.
Au lycée, 19 % des élèves présentent un risque important de dépression. Le manque d’énergie concerne 58 % des lycéens interrogés, les difficultés de concentration 44 % et le sentiment de découragement 42 %. Enfin, 20 % déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois.
Ces données doivent être interprétées avec précaution. Une plainte psychologique ou une période de mal-être ne signifie pas nécessairement qu’un adolescent présente un trouble psychique. Elles montrent en revanche que les difficultés émotionnelles et psychologiques occupent une place importante dans la vie d’une partie des jeunes et soulignent la nécessité de savoir repérer les situations qui nécessitent une attention particulière ou l’intervention d’un professionnel de santé.
L’adolescence est une période de transformations profondes
Pour comprendre le désarroi que peuvent ressentir les adultes, il faut d’abord se rappeler que l’adolescence n’est pas simplement une transition entre l’enfance et l’âge adulte. Elle constitue une période de transformations physiques, émotionnelles, cognitives et sociales particulièrement importantes.
Tandis que le corps change, les relations avec les parents évoluent et le regard des autres prend une importance nouvelle. Les relations amicales et affectives se transforment elles aussi, au moment même où apparaissent les premières décisions concernant l’orientation et l’avenir. Dans ce contexte, le jeune cherche progressivement à définir qui il est, ce qu’il pense, ce qu’il veut et la place qu’il souhaite occuper.
L’Organisation mondiale de la Santé considère d’ailleurs l’adolescence comme une période déterminante pour le développement de compétences sociales et émotionnelles importantes pour le bien-être mental. Apprendre à gérer ses émotions, développer des capacités d’adaptation, résoudre des problèmes, construire des relations ou encore adopter des habitudes de vie favorables à son équilibre font partie de ces apprentissages.
Parallèlement, l’adolescent acquiert progressivement davantage d’autonomie, ce qui modifie nécessairement la place des adultes qui l’entourent. C’est précisément là que peut apparaître une partie de leur difficulté : le jeune a encore besoin d’eux, mais il n’a plus besoin d’eux de la même manière.
Des comportements parfois difficiles à décoder
Chez un enfant, la difficulté est parfois exprimée assez directement. Avec l’adolescence, les manifestations peuvent devenir plus ambiguës.
Un adolescent inquiet peut devenir irritable. Un jeune qui doute de lui peut se montrer provocateur. Une adolescente en difficulté peut s’isoler dans sa chambre sans parvenir à expliquer ce qu’elle ressent. Un jeune sous pression peut perdre sa motivation alors même que son entourage l'encourage à travailler davantage.
Il devient alors facile pour l’adulte de s’arrêter au comportement visible et de l’interpréter à partir de ce qu’il observe au quotidien. Un adolescent qui ne travaille plus comme auparavant pourra être perçu comme ayant perdu toute motivation, celui qui passe beaucoup de temps sur son téléphone comme se désintéressant de ce qui l’entoure, tandis que le silence, le repli ou l’irritabilité pourront être compris comme une volonté de couper le dialogue ou une tendance à réagir de manière excessive.
Pourtant, ces comportements ne disent pas nécessairement ce qui se passe intérieurement. Derrière une attitude qui inquiète ou déroute peuvent se mêler des émotions, des besoins, des difficultés relationnelles, une pression scolaire ou sociale, un questionnement identitaire ou simplement les transformations propres à cette période de la vie. L’enjeu pour l’adulte consiste donc à ne pas s’arrêter uniquement à ce qu’il voit, mais à essayer de comprendre ce que le comportement peut exprimer.
Vouloir aider peut parfois compliquer le dialogue
Lorsqu’un adolescent va mal, le réflexe de l’adulte est naturellement de chercher à l’aider et, souvent, de vouloir rapidement trouver une solution. Un parent pourra tenter de le rassurer en lui expliquant qu’il s’inquiète probablement plus que nécessaire, relativiser l’importance d’une mauvaise note, lui conseiller de mieux s’organiser ou encore attirer son attention sur tout ce qui, de son point de vue, devrait lui permettre de se sentir mieux.
Ces réactions partent généralement d’une intention bienveillante : diminuer l’inquiétude du jeune, lui redonner confiance ou l’aider à sortir de la difficulté. Pourtant, elles peuvent produire l’effet inverse lorsque l’adolescent a le sentiment que ce qu’il ressent est minimisé ou que l’adulte cherche à résoudre le problème avant même d’avoir réellement compris ce qu’il vit. Il peut alors progressivement renoncer à parler de ce qui le préoccupe.
L’une des difficultés consiste donc à accepter de ne pas immédiatement résoudre le problème. Avant de chercher une solution, il peut être nécessaire de permettre au jeune de mettre des mots sur ce qu’il vit.
Écouter ne signifie pas tout accepter ni renoncer au cadre éducatif. Cela signifie être capable, pendant un moment, de suspendre la réponse pour essayer de comprendre.
Entre protéger et laisser devenir autonome
Trouver l’équilibre entre protection et autonomie constitue probablement l’une des difficultés les plus importantes pour les parents. Pendant l’enfance, lorsqu’une difficulté apparaît, l’adulte peut encore intervenir directement : il organise, décide, explique, protège ou trouve une solution.
À l’adolescence, cette manière d’aider doit progressivement évoluer. Le jeune a besoin d’apprendre à prendre des décisions, à faire des choix, à résoudre certaines difficultés, à gérer ses relations et à mesurer les conséquences de ses actes. Cette autonomie ne se construit cependant pas du jour au lendemain et nécessite encore la présence sécurisante de l’adulte.
Les parents se retrouvent ainsi dans une position parfois délicate : rester suffisamment présents pour soutenir et sécuriser, tout en laissant à l’adolescent l’espace nécessaire pour expérimenter ses propres capacités.
Cet équilibre se construit dans de nombreuses situations du quotidien, qu’il s’agisse du travail scolaire, de l’orientation, des relations amicales, de la confiance en soi, de l’organisation, de la gestion des émotions ou de la prise de décision.
Accompagner un adolescent consiste alors progressivement moins à agir à sa place qu’à l’aider à comprendre ce qu’il vit, à envisager différentes possibilités et à identifier les ressources qu’il peut lui-même mobiliser pour avancer.
Quand l’adolescent ne veut pas parler à ses parents
Il existe une autre situation particulièrement déstabilisante pour les parents : constater que leur enfant ne souhaite plus se confier à eux.
Cela peut être vécu comme une rupture du lien ou susciter une inquiétude importante.
Pourtant, chercher davantage d’autonomie vis-à-vis de ses parents fait aussi partie du processus adolescent. Les pairs prennent progressivement une place plus importante et certains sujets deviennent plus difficiles à aborder dans le cadre familial.
Cela ne signifie pas que les parents n’ont plus de rôle à jouer.
Leur présence, la qualité du lien, la disponibilité et le maintien d’un environnement sécurisant restent essentiels. L’OMS identifie d’ailleurs les environnements protecteurs et soutenants au sein de la famille, de l’école et de la communauté parmi les éléments importants pour la santé mentale des adolescents.
Mais un jeune peut parfois avoir besoin d’un autre espace de parole.
Selon la nature et l’intensité de ses difficultés, cet espace pourra être celui d’un médecin, d’un psychologue, d’un professionnel de santé ou, pour certaines problématiques ne relevant pas d’un trouble psychique, d’un professionnel de l’accompagnement formé aux spécificités de l’adolescence.
Savoir quand demander de l’aide
Accompagner un adolescent suppose également de connaître les limites de ce que l’on peut gérer seul.
Une souffrance persistante, une rupture importante avec le fonctionnement habituel du jeune, un isolement marqué, des propos suicidaires, des conduites auto-agressives ou toute situation faisant craindre pour sa sécurité nécessitent une évaluation par un professionnel de santé.
Le coaching ne constitue pas un traitement des troubles psychiques et ne remplace ni un médecin, ni un psychologue, ni un psychiatre.
Cette distinction est fondamentale.
En revanche, lorsqu’aucun trouble nécessitant une prise en charge thérapeutique n’est identifié, certains adolescents peuvent avoir besoin d’un accompagnement autour de problématiques telles que la confiance en soi, l’organisation, la motivation, la gestion du stress, l’orientation, la prise de décision ou le développement de leurs compétences relationnelles.
L’enjeu est donc moins d’opposer les différentes formes d’accompagnement que de savoir quelle réponse correspond aux besoins du jeune à un moment donné.
Les adultes aussi ont besoin d’apprendre à accompagner autrement
Si les parents et les professionnels se sentent parfois démunis face aux adolescents, ce n’est pas nécessairement parce qu’ils manquent de bienveillance, d’expérience ou de volonté de les aider. C’est aussi parce qu’accompagner un jeune à cette période particulière de son développement demande d’adapter sa manière d’écouter, de questionner et d’intervenir.
Il s’agit notamment d’apprendre à écouter sans immédiatement conseiller, à poser des questions sans conduire le jeune vers la réponse que l’on souhaiterait entendre, à accueillir une émotion sans chercher systématiquement à la faire disparaître et à maintenir un cadre tout en laissant progressivement davantage de place à l’autonomie.
Cette posture suppose également de savoir reconnaître ses propres limites. Toutes les difficultés adolescentes ne relèvent pas du même type de réponse : certaines peuvent être traversées avec le soutien de l’entourage, d’autres peuvent bénéficier d’un accompagnement spécifique, tandis que certains signes de souffrance nécessitent l’évaluation et l’intervention d’un professionnel de santé.
Pour les professionnels de l’accompagnement, développer ces compétences permet d’adapter leur pratique à un public dont les besoins et le niveau d’autonomie diffèrent de ceux d’un adulte. Mais certains de ces outils peuvent également être précieux pour les parents qui souhaitent mieux comprendre leur enfant, favoriser le dialogue et l’aider à mobiliser progressivement ses propres ressources, sans chercher pour autant à devenir son thérapeute ou son coach.
Accompagner un adolescent, ce n’est pas avoir toutes les réponses
Face aux difficultés d’un jeune, les adultes peuvent avoir le sentiment qu’ils devraient savoir quoi dire, quoi faire et comment réagir.
Pourtant, accompagner ne signifie pas nécessairement disposer immédiatement de la bonne réponse.
Cela peut commencer par une autre posture : observer, écouter, chercher à comprendre ce que vit réellement le jeune, maintenir le dialogue et accepter de demander de l’aide lorsque la situation dépasse ce que l’on peut accompagner seul.
L’adolescence est précisément une période au cours de laquelle le jeune apprend progressivement à devenir acteur de ses choix et de sa vie.
Le rôle de l’adulte évolue alors lui aussi. Il ne s’agit plus seulement de protéger ou de décider, mais d’aider le jeune à mieux se comprendre, à développer ses compétences et à découvrir progressivement qu’il possède lui-même des ressources pour faire face aux difficultés qu’il rencontre.
Se former pour mieux accompagner les enfants et les adolescents
Accompagner les jeunes ne s’improvise pas. Leur manière de communiquer, leur rapport aux émotions, leur besoin d’autonomie et les problématiques auxquelles ils sont confrontés nécessitent une posture et des outils adaptés.
La spécialisation Coaching des enfants et des adolescents de l’École de Coaching Holistique permet aux professionnels de l’accompagnement d’enrichir leur pratique auprès de ce public, mais également aux parents qui le souhaitent d’acquérir des outils pour mieux accompagner leurs propres enfants.
L’objectif n’est pas d’apprendre à décider ou à résoudre les difficultés à la place du jeune, mais de savoir créer un cadre qui l’aide à mieux se comprendre, à mobiliser ses ressources et à gagner progressivement en autonomie.





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